l’interview de Jean-Laurent Lucchesi, les Marais du Vigueirat
Jean-Laurent Lucchesi, directeur des Marais du Vigueirat, premier site naturel certifié EMAS (Eco-Management Audit Scheme) en France
Les Marais du Vigueirat sont un site camarguais de plus de 1 000 ha, dont 900 ha strictement protégés, emblématique de la biodiversité propre aux zones humides sensibles et site reconnu comme étant l’une des zones humides les plus riches du littoral méditerranéen. Il est le premier site naturel français certifié EMAS (Eco-Management Audit Scheme), une des performances environnementales. C’est l’une des références les plus exigeantes en matière de management environnemental et d’engagement. Elle récompense une démarche volontaire et rigoureuse sur une durée de 3 ans.
TER. Comment concilier développement économique (avec une volonté d’atteindre les 100 000 visiteurs en termes de fréquentation touristique) et protection des milieux sensibles ?
Jean-Laurent Lucchesi. Les Marais du Vigueirat représentent un grand espace (1131 ha) et nous avons travaillé sur une zonation consacrée à l’accueil. En effet, seulement une centaine d’hectares sont ouverts au public et aménagés, ceux-ci étant les milieux les « moins sensibles » du site, des anciennes terres agricoles notamment, possédant une valeur biologique moindre. D’autre part, les aménagements sont bien étudiés et permettent de mieux gérer les visiteurs. Actuellement 3,5 km de sentiers de découverte ont été réalisés, et seront prochainement portés à 7 km. Ils consistent, par le biais d’aménagements adaptés, à téléguider les publics tout en leur donnant une impression de grande liberté, permettant ainsi de canaliser les visiteurs dans un secteur, sans qu’ils en aient conscience. Pour finir, il s’agira de mesurer l’impact des visiteurs avec des suivis afin de s’assurer que le développement économique ne se fasse pas au détriment de la protection des milieux.
TER. Quelles ont été les difficultés rencontrées dans la mise en place d’un SME (Système de Management Environnemental) et comment les avez-vous surmontées ?
J-L.L. Nous avons eu quelques difficultés méthodologiques au départ. Le plan de gestion était l’outil de planification de référence sur le site, seulement cet outil n’était pas tout à fait complet car il ne prenait pas en compte les questions d’eau, d’air et de sol. Quand on a considéré qu’EMAS faisait partie du plan de gestion, on a réglé ce problème. Nous avons donc intégré le système EMAS dans notre méthodologie – on retrouve les mêmes modalités (diagnostic, objectifs, procédure de suivi…) -. Nous n’avons donc pas changé notre façon de travailler.
Le changement majeur a résidé dans le fait qu’on n’avait pas l’habitude de prendre en compte, avec autant de détail, notre impact. Cela a représenté des contraintes pour l’ensemble des salariés qu’il a fallu convaincre. C’est difficile de mobiliser tout le monde sur tout. Ce fut une « révolution culturelle » car c’est sur les comportements des gens qu’il est le plus dur d’agir. La plus grande difficulté n’a donc pas été technique mais humaine.
La démarche a été lourde car notre ambition a été immédiatement énorme, dans le cadre du projet européen LIFE PROMESSE. Normalement, on fait ça petit à petit. Il a fallu repenser chacun de nos actes, de nos activités, en prenant en compte cette réduction d’impact.
Maintenant, la difficulté est de pérenniser ces nouveaux comportements. Il s’agit de maintenir une volonté, et de s’assurer de sa continuité dans le temps. Pour cela l’équipe compte désormais un régisseur, référent et chargé de la gestion du SME aux Marais.
Delphine Berlioux.
Interview intégrale publiée dans TER durable n°7












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